Bill traîna avec une certaine difficulté sa dernière valise derrière son dos maigre, si maigre, les roulettes en plastiques poussiéreuses s'enfonçant dans la moquette épaisse rouge sang, de son couloir. Ses cheveux étaient légèrement décoiffés, et une goutte de sueur coulait le long de son dos, longeant sa colonne vertébrale presque visible, sous son T-shirt blanc transparent.
D'une main moite, il extirpa alors ses clés volumineuses de la poche arrière de son jean, le métal tintant contre l'argent massif de son bracelet. Un bracelet fait de mailles épaisses et entrecroisés, qu'Enzo lui avait ramené d'un voyage en Italie, il y avait de ça plusieurs mois. Le jeune mannequin ne le quittait presque jamais, et le laissait volontiers accroché à son poignet fin, aux cotés de sa montre Omega.
La porte en bois s'ouvrit alors lentement, dévoilant une entrée plongée dans la pénombre, les gonds en acier grinçant légèrement après de longues semaines d'inactivités. Bill se courba alors pour tirer ses volumineux bagages contre le parquet lustré du hall. L'air ambiant était imprégné d'une douce odeur d'eucalyptus, et le jeune brun remercia encore une fois la redoutable efficacité de sa femme de ménage.
Il s'avança alors vers le salon, se laissant tomber dans le moelleux canapé faisant face à la baie vitrée qui occupait la plus grande partie de sa façade. La nuit plongeait Berlin dans une parfaite obscurité, les lumières papillonnantes des phares de voitures se détachant sur cette toile sombre. Il profita alors de ce silence réconfortant, observant d'un ½il fatigué le ballet nocturne de cette ville qu'il aime tant, et qui, il devait bien l'avouer, lui avait manqué ces derniers temps.
[...]
La vapeur d'eau s'échappant de la douche entrouverte, déposa une légère couche d'eau condensée sur le miroir de sa salle de bain, brouillant son image. Une serviette en éponge blanche autour des hanches, le jeune androgyne finissait de lisser méticuleusement sa chevelure sombre, avant d'appliquer délicatement une touche d'ombre à paupière noire sur ses yeux clos.
Ses longs cils fournis papillonnaient autour de ses jolis yeux chocolat, et après quelques coups de brosses mascarisés, il se décida enfin à sortir de la salle aux murs carrelés, s'avançant lentement en direction de son dressing. Et tout en triant d'un geste rapide les tenues susceptibles de trouver grâce à ses yeux, il réfléchit à la possibilité de rappeler Enzo.
Son amertume face à son comportement était toujours présente, tapie au creux de son c½ur comme une mise en garde muette, mais il ne pouvait décemment pas laisser leur relation s'effilocher de cette manière. Ils ne méritaient pas ça. Il attrapa prestement un T-shirt Zadig&Voltaire blanc aux motifs rouges, le collant contre son torse filiforme pour mieux s'observer dans la glace, sous la lumière des petits projecteurs qui encadraient son reflet.
Ses jambes si fines semblaient prêtes à se briser à tout instant, et agacé, il s'empressa de les cacher dans un jean noir Diesel « Larkee » hors de prix, avant de se mettre à la recherche de son I-phone, sans nul doute perdu au fond de son sac à main mal rangé. Lorsque ses doigts agrippèrent enfin la surface lisse de l'appareil, il remarqua alors un appel en absence. Un appel provenant du portable d'Enzo.
Ses mains se firent fébriles, mais il marqua un temps d'arrêt avant d'appuyer sur la touche verte lui permettant de le recontacter. Il savait qu'il allait lui falloir à présent, mettre des limites aux agissements de son beau japonais. Il ne pouvait pas permettre à Enzo d'avoir autant d'emprise sur lui, sur sa peau et sur ses sentiments. Et même s'il était sans doute déjà trop tard pour redéfinir les limites de leur relation, il ne voulait pas baisser les bras.
[...]
La faible lueur des lampadaires éclairait l'asphalte brûlant, contre lequel cognaient les semelles en plastique de ses baskets blanches. D'un pas pressé, il poussa la lourde porte en verre de l'hôtel Radisson, s'engouffrant sous la chape de lumière provenant des lustres en cristal pendant au plafond tel des patins désarticulés. Ses pas résonnaient contre le marbre rosé, et après avoir ôté ses lunettes de soleil Gucci, il aperçut la silhouette d'Enzo, qui semble parler à un groom à l'uniforme bleu marine, portant des boutons de manchettes dorés.
Le jeune japonais se retourna quelques secondes plus tard, et Bill remarqua alors que ses cheveux mi-longs avaient pris une nouvelle teinte, arborant à présent un blond cendré des plus délicat. Remarquant son air surpris, Enzo s'avance vers lui, l'embrassant rapidement avant de lui murmurer à l'oreille qu'il ne s'agit que d'une couleur provisoire, exigé par sa dernière campagne de publicité pour les produits cosmétiques Shiseido.
A demi rassuré, Bill attrapa alors quelques une de ces mèches folles entre ses doigts fins, avant d'esquisser un demi sourire. Il avait toujours aimé les cheveux lisses de son amant, des cheveux sombres, comme les siens. Laissant échapper un léger soupir, il se saisit de la main chaude d'Enzo, caressant sa paume lisse, avant de l'entraîner d'un pas léger vers l'entrée du restaurant de l'hôtel.
[...]
Les couverts en argent s'entrechoquaient contre la porcelaine des assiettes blanches au bord strié de bleu roi, alors que Bill et Enzo finissaient leur repas. Le jeune brun avait retrouvé un semblant de sérénité, mais il n'oubliait pas la discussion qu'il s'était promit d'avoir avec Enzo. Et alors que les serveurs récupéraient leurs dernières assiettes, il profita de cette occasion pour poser sa main manucurée sur celle du jeune mannequin.
D'une légère pression, il tenta d'attirer son attention, et les pupilles marron de son amant se posent alors sur son visage poudré, s'attardant sur son regard charbonneux. « Enzo...Hum, comment dire ça...Ces derniers temps...Récemment, j'ai l'impression que quelque chose ne va pas, entre nous. Ce n'est qu'une impression, mais j'avoue qu'elle me met mal à l'aise. C'est une situation qui me pèse, et je...enfin, je...je voudrais en parler avec toi ».
Durant son récit, Enzo ne l'avait pas quitté des yeux, mais à présent, son regard fuyait celui de Bill, alors que ses doigts restent fermement liés aux siens. Le jeune brun avait sentit le dos de la main d'Enzo se tendre lors de ses premières paroles, mais il n'avait pas voulu faire machine arrière, et avait continué à débiter ces phrases assassines, son c½ur battant un peu plus fort, sa gorge se serrant sur ses dernier mots.
« Je sais bien que je ne suis pas le petit ami idéal, Bill. Et cette situation ne me rend pas plus heureux que toi, crois moi. Mais je ne peux pas faire autrement, et tu le sais. Tu sais comment fonctionne notre métier...tu sais les règles imposés par notre mode de vie ». Ces quelques mots laissèrent Bill pétrifié, immobile sur sa chaise de style renaissance, ses pieds en bois doré, arc bouté contre le sol.
Notre mode de vie. Enzo ne voyait t'il donc en lui, que sa facette de jeune mannequin prometteur ? Apercevait t'il seulement l'homme sans paillette ni artefacts, qui se dessinait au loin, derrière les flash des photographes et des paparazzis ? Après tout, ils ne se voyaient que dans le cadre de leur métier, et ils n'avaient jamais eu le temps de passer ne serait-ce qu'une semaine ensemble, au calme, loin de tout cette agitation médiatique qui rôdait autour d'eux, avide, se nourrissant de leur faiblesse, se gorgeant de leur fragilité offerte à la lumière des projecteurs.
Bien sûr, dans un premier temps, Bill s'était accommodé de cette situation, jugeant leur relation trop fragile, pour déjà, exiger un peu plus de temps de la part d'Enzo. Mais ses sentiments devenant grandissant pour le jeune japonais, il eu de plus en plus de mal à le laisser partir, observant les poing serrés, la porte de sa suite ou de son appartement, se refermer sur sa silhouette, lui laissant comme un goût d'inachevé sur les lèvres.
Il avait donc espérer, qu'Enzo le rassure, lui démontrant à demi-mot qu'il croyait à leur avenir commun, et qu'il était prêt à faire des concessions, pour que leur couple se porte au mieux. Mais pour l'instant, sa carrière semblait prendre la première place dans la liste de ses priorités, et Bill n'était, au mieux, qu'en seconde position. Cette constatation s'imposa alors comme une évidence, et le jeune brun retira doucement sa main de celle d'Enzo, avant de poser ses couverts au centre de son assiette. Toute trace d'appétit avait chez lui, disparu.
« Bill... ». A l'entente de son prénom, prononcé avec ce sentiment de pitié qu'il abhorrait, celui-ci baissa les yeux, avant de sentir la main d'Enzo se refermer avec force sur son avant-bras. « Bill...je ne voulais pas dire les choses de cette manière, c'est juste que... tu comprends hein ? Je tiens à toi, vraiment, mais pour l'instant, je ne peux pas faire des promesses que je ne pourrais pas tenir...Je suis désolé ».
Le jeune androgyne se rendit alors compte, que si, malgré son jeune âge, il se sentait déjà capable de s'engager sérieusement dans une relation avec Enzo, la réciproque était encore loin d'être vérifié. Il ne savait plus quel attitude adopter. Enzo tenait à lui, mais cela serait-t-il suffisant ? Il se leva alors, essayant de garder son calme et tentant de retenir les gouttes d'eau salée, qui menaçaient de déborder de ses yeux brillants.
Mais au moment de s'éloigner, il faillit percuter un serveur au tablier blanc immaculé, qui tenait entre ses mains une bouteille de champagne. Déséquilibré, il se rassit et Enzo lui intima l'ordre de ne pas bouger, avant de remercier le serveur, qui déjà, s'en allait, naviguant entre les tables dressées, son crâne chauve luisant sous la lumière des plafonniers.
« Je sais que ce n'est pas le moment idéal pour parler de tout cela, mais je repars demain, et j'aurais voulu fêter cela avec toi ». A ces mots, il saisit adroitement la bouteille humide, qui gisait entre les glaçons qui commençaient à fondre, avant de la débouchonner sous le regard surpris et agacé de Bill. « Ton manager m'a appelé en début d'après-midi. Il avait une bonne nouvelle pour toi, mais il a pensé que je serais le plus apte à te l'annoncer ».
Le champagne coulait le long de leurs flûtes, et Bill regardait d'un air absent, la mousse se former pour disparaître quelques instants plus tard, laissant place au léger pétillement des fines bulles. « Tu as officiellement été choisi pour la prochaine campagne de publicité Lacoste, au Etats-Unis. Félicitations Bill ». La campagne Lacoste. Une campagne de plusieurs mois sur le continent américain.
La main de Bill se referma avec violence sur la coupe de champagne, la portant à ses lèvres rougies, tout en fixant d'un air condescendant le visage d'Enzo. Celui-ci tenta de ne pas réagir à la provocation du jeune brun, et afficha un sourire fade de circonstance, laissant les dernières bulles de sa coupe s'échapper dans l'air étouffé de la pièce. Le couple installé à la table voisine commençait à les observer, et un sentiment de malaise s'empara de lui. Il détestait se faire remarquer, et Bill le savait parfaitement.
Mais le jeune brun ne perdit pas son sourire moqueur, laissant sa coupe à moitié vide sur le bord de la nappe, avant de se saisir de son sac, posant prestement ses lunettes noires sur son nez longiligne. « Ce n'est pas de tout ces contrats et de tout ce fric dont j'ai besoin, Enzo ». Son regard opaque se pose sur son visage, un visage tellement délicat, mais qui lui paraissait à cet instant, si froid.
Et sans un regard en arrière, il quitta la pièce, laissant la nuit fraîche de Berlin l'envelopper.
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Voilà, ca faisait longtemps ^^
Hum, je sais pas encore ce que cette histoire va donner, mais bon je veux tenter de la finir pendant les vacances. Si jamais il y a encore des personnes intéressés par la suite, faites signe =)
Bisous<33
Lucy**
Hé, ca fait plaisir de retrouvé des noms connus, hum pour Yuka, euh, en fait Tom devrait arriver assez rapidement, vu qu'il va être un des personnages principaux =) Je vais essayer de taper une suite avant de monter sur Paris, mais je promets rien lol. Il faut que je me remette dans le bain pour éviter de faire une Piece by Piece 2 ^^




